Les vertus de l’enfer

Cette série à pris naissance durant les évènements du printemps arabe. J’étais sensible à cette révolution des peuples qui aspiraient à la liberté et à leur dignité. La colère, la révolte étaient leur unique moteur pour mettre un terme au despotisme régnant. Pour autant je ne voulais pas faire une peinture militante. Trop vu, trop bu de ces gesticulations sans lendemain. L’Histoire va trop vite. Les conflits nous débordent. 

Et toujours Guernica. Le printemps arabe. Nous sommes tous des cibles

En 2008, le critique d’art Denis chollet me demanda un court texte  sur mon parcours après Mai 68 pour illustrer un chapitre de son ouvrage. Voici ce que je lui écrivais. Vous me faites remonter le temps en me demandant de vous écrire quelques lignes sur l’époque du garage 103 – un collectif d’artistes – et par extension celle du Cure-dent – un fanzine édité par ce même groupe niçois. Ce sont les années de l’après 1 968. Une queue de comète, la fin des trente glorieuses et l’entrée furtive dans une nouvelle époque, celle du fric, du cynisme, des mirages du libéralisme et de ses catastrophes mondialisées. Un fascisme des temps nouveaux récupérateur et intelligent, que nous percevions mal. Jeune, toute l’équipe du garage 103 vivait dans l’insouciance et dans la croyance de pouvoir révolutionner tout et rien dans un monde qui nous semblait plein de possibles. Les paillettes du diable. Nous étions forts en gueule. Pour ma part, Je pensais que l’art pouvait encore faire de la résistance, proposer d’autres comportements, aider à réfléchir sur le monde et à améliorer nos conditions d’existence.  À l’époque, je n’étais pas dupe pour autant du formatage rampant des esprits qui lobotisait les consciences. En 1977, j’écrivais dans le cure-dent : Beaubourg, cancer du futur. Je ne renie pas ce texte malgré sa cargaison de généralités. Avec nos faibles moyens nous expérimentions. Nous tâtonnions. Nous cherchions, parfois dans l’excès ou l’emphase le socle de notre écriture. Nous avions cette liberté de pouvoir faire des bides, de rire de nous-mêmes. Dans ce temps-là, j’aimais faire des performances. Feux d’artifice et explosifs au garage 103, casse de téléviseurs sur le parvis du théâtre de Nice avec l’artificier Pierre Alain Hubert pyrotechnicien artiste, décapitation de poulets en public, concerts fluxus (symphonie pour un water) sculptures éphémères dans la nature, mythologies individuelles dans l’atelier de Dominique Angel avec une création musicale – opéra composé par Dominique Marchal – chanté par huit interprètes et j’en passe. Cette période était propice à une folie de circonstances. Elle était marquée par les atrocités de la guerre du Vietnam et de la débâcle de l’armée américaine, la séparation des blocs Est-Ouest, mère de la guerre froide, des actions des groupuscules d’extrême gauche comme ceux d’extrême droite, les brigades rouges, la bande à Baader. La violence était présente. Nous voulions un autre monde. C’est dans cet esprit, il me semble, qu’il fallait voir les raisons de nos débordements. Tout au moins, les miens sont collés à cette histoire. L’histoire continue.